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Deux semaines de fouilles à Modave : 10/10

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Les étudiants de l’Université de Liège, en fin de première année d’archéologie ainsi que d’histoire de l’art, sont tenus de faire un stage de plusieurs semaines de fouilles. Ils ont le choix entre trois sites se trouvant en Belgique. Deux d’entre eux se trouvent à Modave. L’un est à proximité de Pont de Bonne, l’autre est le site de Trou Al’Wesse. Par curiosité, j’ai décidé de me joindre à eux pour les deux dernières semaines de juillet. J’ai passé dix jours à fouiller sur le site de Pont de Bonne. J’en fais ici le compte rendu, illustré par quelques photographies.

Vendredi 27 juillet. Cinquième jour, deuxième semaine.

Aujourd’hui, je dois terminer de nettoyer une zone de deux mètres de large devant la coupe, afin que celle-ci puisse être correctement dessinée. C’est évidemment très ennuyeux, et je m’arrête souvent. Pendant mes pauses, j’observe toute la surface qui a été nettoyée depuis le début de la fouille. J’ai l’impression d’y trouver quelques endroits où la roche est déstructurée. Les pierres y sont en morceaux de tailles réduites et ne s’alignent pas avec les roches alentour. Un doute est permis quant à savoir si ces cailloux ne sont pas venus reboucher un trou. Manu me charge de faire quelques vérifications. Elles seront infructueuses.
Enfin, ma carrière est précisément dessinée, photographiée, et topographiée.

J’ai eu l’impression de voir des traces d’outils sur certaines pierres. En vérité, il n’y a pas besoin d’utiliser d’outil pour extraire les roches. Elles sont « gélifractées », et on les prend comme elles viennent pour en faire des murs. Il n’est même pas nécessaire de les tailler car la gélifraction donne des arrêtes bien nettes.

Bilan :
2 seaux
5 ou 6 éclats d’os

Conclusion
L’histoire m’a toujours ennuyé, car elle demande beaucoup d’étude. Ce qui m’intéresse en archéologie, c’est le puzzle, la technique ; la dimension statistique, et génétique.
Pour moi, ce sont les vacances parfaites. J’ai vu des paysages, j’ai rencontré des gens, j’ai participé à l’avancement des fouilles, et j’ai appris des tas de choses. Il y a énormément de sites, un peu partout dans le monde, qui attendent des bénévoles. J’envisage d’aller voir en France, l’année prochaine, ou celle d’après. En tous cas il est presque certain que je ferai à nouveau des fouilles.

Les publications d’Emmanuel Delye sur ORBi

À propos du site de Trou Al’Wesse
À la grotte de Trou Al’Wesse, ils fouillent actuellement le paléolithique supérieur. On sait que le site était occupé par l’homme lors de la période aurignacienne.
Les os de rongeurs, qu’on y trouve en abondance, donnent une indication sur le climat. En fonction des espèces présentes dans différentes couches, on peut retracer l’histoire climatique de la région.
Par exemple, les lemmings aiment les froid. Ils sont présents dans certaines couches, puis disparaissent des couches suivantes, puis réapparaissent. Quand on effectue des tests génétiques sur ces os partiellement fossilisés, on s’aperçoit que ce n’est pas tout à fait la même espèce de Lemmings qui est revenue.
En fait, on a trouvé trois souches de lemmings différentes dans les couches 16, 14, 12. Apparemment, les lemmings s’éteignent dans la région quand elle devient plus tempérée et, quand elle refroidi à nouveau, reviennent du nord – ayant évolué entre temps.
On espère pouvoir généraliser cette évolution climatique à l’échelle mondiale en corrélant les informations recueillies ici avec celles d’autres sites.

L’année prochaine, Becky (la directrice des fouilles) va s’attaquer aux couches 16 et 17 qui correspondent à la fin de l’homme de Néandertal (d’Engis). J’espère en être !

Publications de Rebecca Miller sur ORBi

Written by Florimond

octobre 14, 2012 at 11:44

Publié dans Archéologie

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Deux semaines de fouilles à Modave : 1/10 (article corrigé et augmenté)

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Les étudiants de l’Université de Liège, en fin de première année d’archéologie ainsi que d’histoire de l’art, sont tenus de faire un stage de plusieurs semaines de fouilles. Ils ont le choix entre trois sites se trouvant en Belgique. Deux d’entre eux se trouvent à Modave. L’un est à proximité de Pont de Bonne, l’autre est le site de Trou Al’Wesse. Par curiosité, j’ai décidé de me joindre à eux pour les deux dernières semaines de juillet. J’ai passé dix jours à fouiller sur le site de Pont de Bonne. J’en fais ici le compte rendu, illustré par quelques photographies.

 

Lundi 16 juillet : premier jour, première semaine.

Creuser pour trouver des trous

Du camp situé au centre omnisports de Vierset-Barse, je suis conduit en voiture jusqu’à Pont de Bonne. Pour arriver au chantier de fouille, il faut grimer une colline pendant une centaine de mètres. Là haut, la roche calcaire à été mise à nu sur une surface d’environ dix mètres carrés.

Ce plateau a été fortifié à plusieurs époques. On a mis au jour un bout de fossé néolithique, sans doute creusé pour y dresser une palissade. Derrière ce fossé, on retrouve plusieurs trous qui semblent être des trous de poteaux. On ne sait pas encore à quoi ils servaient. Il est possible que ces trous ne datent pas tous de la même époque. Il faudra attendre d’avoir fouillé correctement une large zone pour que l’image se dessine plus clairement.
Recouvrant par endroits le fossés néolithique, on trouve également d’épais murs de fortification datant, pour les parties les plus anciennes, de quelques décennies avant JC. Cet ancien mur devait protéger des invasions romaines. À partir de ces premières fortifications ont été construites d’autres fortifications à l’époque carolingienne. On n’a dégagé qu’une petite partie de ces murs, et on ne sait pas encore ce qu’ils protégeaient, car l’intérieur de la zone fortifiée n’a pas encore été fouillée.
Des murs ont été construits, des fossés creusés, d’autres comblés, …, la terre a été retournée de sorte qu’elle a perdu son habituelle structure en couches. On dégage, à la même hauteur, aussi bien des objets du néolithique, que de l’age du fer, ou de l’époque carolingienne. C’est une bonne chose, pour moi qui débute. Je peux creuser plus ou moins comme bon me semble.

Une fois sur le site, on m’explique rapidement le contexte des fouilles. On n’a pas beaucoup d’exemples d’objets à me montrer. Je sais seulement que je dois faire attention à ne jeter dans mon seau que de la terre et des cailloux sans importance. C’est mince.
On donne arbitrairement, à chaque membre de l’équipe, une bande de terre d’un mètre de large, à déblayer. Je m’installe donc avec ma brosse, mon seau, ma truelle, et surtout mon mousse pour les genoux !

Nous sommes accompagnés par le directeur des fouilles et un doctorant. Il ne faut pas longtemps pour qu’ils dégagent plusieurs objets. Ils nous les montrent. J’observe attentivement et je pose des questions. Très vite, j’ai donc une meilleure idée de ce que je cherche. Par exemple, le calcaire est rugueux alors que le silex, quand on l’a frotté avec les doigts pour enlever la terre, se révèle être très lisse, et généralement blanc comme du lait. Mais je ne trouverai rien ce matin là. À midi on peut s’arrêter une heure pour manger. Ce que nous faisons.

Mes collègues étudiants, au nombre de quatre, sont taciturnes. Tout en mangeant, j’essaie d’en savoir un peu plus sur eux. Il semble que ça ne les intéresse pas d’être là. Ils sont ici parce qu’ils y sont obligés, mais ils s’ennuient.
Après notre heure de pause, on recommence à gratter la terre.

Nous nous arrêtons à seize heures. Juste un peu avant, je trouverai finalement mon premier « objet ». Il s’agit d’un fragment de silex. Un quart d’heure plus tard je trouverai encore un tesson de poterie, carolingienne. Je suis content, je ne rentrerai pas bredouille ! Tout le monde ne peut pas en dire autant…

La nuit est difficile. Je ne m’attendais pas à ce qu’il fasse un si mauvais temps. Une fois la nuit tombée, il fait moins de dix degrés, et je ne suis pas équipé contre le froid. Je caille dans ma tente ballottée par une petite tempête. Personne ne dormira bien. Le lendemain nous nous levons à huit heures. « Manu », le directeur des fouilles de Pont de Bonnes, vient nous chercher en voiture à neuf heures pour nous amener sur le chantier.

Bilan :
8 seaux de terre.
1 fragment de silex.
1 tesson carolingien.

Written by Florimond

juillet 21, 2012 at 6:36